5 conseils pour être moins intelligent

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Je me souviens d’un temps déjà lointain où je me faisais sermonner par mes chefs lorsque je descendais les escaliers sans me tenir à la rampe. C’est vrai que mon entreprise avait pris un virage et se préoccupait avec une conviction qui frisait l’obsession de la santé et de la sécurité de ses personnels. Mais franchement, on avait beau me démontrer, statistiques à l’appui, que les chutes de plain-pied représentaient 20% des accidents, y compris avec incapacité permanente, impossible pour moi de me résoudre à me cramponner à cette fichue rampe tel un vieillard grabataire. Mon ego en prenait un coup, moi, sportif accompli, dévalant les pentes caillouteuses des collines varoises en courant ou sur mon VTT, comment pouvaient-ils me contraindre ainsi? C’était humiliant! Et puis un jour j’ai été invité au séminaire des trois cents top managers du groupe. Le PdG de l’époque, Patrick Boissier, nous a bien sûr tenu son discours sur la SST.

Ou plutôt il nous a raconté un drame. Un drame national, celui du chantier du Queen Mary 2 et de cette fichue passerelle qui a causé la mort de 16 personnes et en a blessée 29 le 15 novembre 2003.

 
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Mais pour Patrick Boissier, ce fût aussi un drame personnel.  Je l’ai clairement perçu dans sa voix, dans ses silences lorsqu’il s’est adressé à nous. Son émotion n’avait rien de simulée, elle nous a percuté se répandant dans l’auditoire comme un train d’ondes.

Ce discours m’a marqué et là j’ai compris son obsession pour la sécurité. Depuis j’ai cessé de regarder avec condescendance ces stickers dans les escaliers qui nous invitent à tenir la « rampe ». Bon, je ne suis que rarement ce sage conseil, mais au moins j’ai arrêté de descendre les escaliers le téléphone coincé entre l’épaule et l’oreille, l’ordinateur sous le bras et ma sacoche à la main.

 

Dans le monde de l’entreprise, parler de ses sentiments, de ses émotions, c’est manquer de pudeur. A un point tel, que la plupart des personnes intelligentes que j’ai eu la chance de croiser ne savent pas mettre des mots sur ce qu’elles ressentent. Comme ce polytechnicien Sup’Aéro, brillant cadre supérieur au QI de 150!

Ce garçon était plus intelligent que moi, je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’il me disait. Sauf peut-être lorsqu’il me parlait de sa relation avec ses pairs, avec sa hiérarchie. Comment cet homme aussi brillant et surtout plutôt sympathique avait-il réussi doucement mais surement à se faire éjecter du système auquel il avait tant à apporter. Il sentait bien que ses idées ne passaient pas, aussi pertinentes soient elles. Que ressentait il à ce sujet ? Pour l’exprimer il aura bien fallu 5 ou 6 entretiens. Car à cette question qui lui demandait de parler avec son cœur, il répondait systématiquement avec sa tête et son QI de 150 : « je pense que …, je me dis que …,  j’analyse la situation comme étant … ». Mais ce n’était pas ce type de réponse que j’attendais. Jusqu’au jour où, le croisant dans un couloir il me lance : « je suis un dictateur de l’innovation … ».

Alléluia!

 

Il venait de faire un pas de géant en passant de « la logique s’impose » à « je dois tenir compte des craintes de mes pairs car mes méthodes sont très innovantes ».
 
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Ces expériences, ces anecdotes je les vis tous les jours et je constate à quel point nous sommes coupés de nos émotions et de celles des autres. Comment nous le reprocher d’ailleurs, personne ne nous a appris à être connecté avec nous-même, avec les autres.

Car l’apprentissage ne se résume pas à la lecture d’un article sur « l’intelligence émotionnelle ». C’est un vrai travail sur soi fait de piétinements, de progrès, de sentiment de régression parfois. Certains messages prennent parfois des années avant d’en ressentir la véritable portée.

 

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Je me souviens d’une conférence de François Délivré, l’un des plus grands coach français. C’était en 2000 à la DGA. Dans cet univers technocratique et ultra conventionnel, M. Délivré était venu avec un thème quelque peu décalé : «le management par le cœur ».

Je ne suis pas sûr que, sans son statut de polytechnicien, cet esprit brillant aurait pu passer les murs de ce que l’on appelle aujourd’hui le pentagone français. A l’époque j’avais trouvé son discours « intéressant ». Une anecdote est restée gravée dans ma mémoire.

 
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Délivré devait présenter je ne sais quelle étude devant l’executive board d’une grande entreprise. Lancé dans sa présentation, devant cet aréopage de costumes noirs à l’air sévère et désabusé, il s’est soudainement arrêté laissant l’auditoire supporter un lourd silence. Le PDG l’a alors apostrophé: « mais enfin, M. Délivré poursuivez! ».

Mais François de répondre d’une petite voix maline : « ouimais vous me faîtes peur ». Quel courage finalement. Car cette petite phrase a finalement complètement retourné son auditoire captant à la fois son attention et son indulgence.

Je repense toujours à cette conférence aujourd’hui lorsque j’explique à mes clients que 70% de leur message passe par les émotions, 20% par notre corps et notre posture et seulement 10% par l’intelligence de nos mots.

 
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L’intelligence émotionnelle est un concept né en 1995 aux USA. Il aura mis 20 ans pour traverser l’Atlantique. Aujourd’hui, les neurosciences lui apportent une véritable crédibilité scientifique. Au-delà du concept intéressant, cette intelligence émotionnelle porte un message encourageant pour l’humanité. Car si l’intelligence mesurée par le QI est un marqueur générique qui ne bougera pas tout au long de votre vie (sauf accident), votre intelligence émotionnelle peut faire de très gros progrès.

Et comme vous avez eu le courage de lire cet article jusqu’au bout, soyez récompensés.

 

Voici 5 conseils pour être plus intelligent émotionnellement et donc plus performant :

 

1. Prenez conscience de vos émotions
Nous sommes en permanence sous le coup de nos émotions. Elles influencent la moindre de nos décisions. Connectez-vous avec vos émotions les plus subtiles, chaque jour, chaque heure. Pas uniquement celles qui vous envahissent lorsqu’il est trop  tard. Enrichissez votre vocabulaire pour les nommer avec précision. Ne les jugez pas.

 

2. Ralentissez, respirez, souriez
Impossible d’expliquer la portée de ce conseil en quelques lignes.
Méditez ou faites des exercices de relaxation tous les jours.
Expérimentez et vous comprendrez.

 

3. Soyez attentifs aux émotions des autres
Avec un peu d’entrainement, on capte une mine d’informations dans ces micro expressions du visage qui ne dure qu’une fraction de seconde, sans parler de ces postures surprenantes qui expriment le contraire de ce que les mots disent.

 

4. Communiquez avec votre cœur
Il faut en finir avec cette pudeur mal placée. Dites plus souvent ce que vous ressentez, surtout si vous voulez faire passer un message important. Intéressez-vous à ce que vos interlocuteurs ressentent.
Posez leur des questions ouvertes et puissantes qui les poussent à sortir de leur paradigme.

 

5. Changez de miroir
Difficile de savoir ce que nous dégageons émotionnellement si personne ne nous le renvoie. C’est comme essayer de percevoir son visage sans miroir. Bien sûr, l’entreprise a ses miroirs. Mais ils sont souvent déformants ou pire ils ne nous délivrent qu’une image flatteuse tel le miroir de la reine dans Blanche Neige. Pour porter un regard nouveau sur vous-même et votre équipe il vous faut un miroir de qualité. Osez vous faire accompagner par un professionnel.

 
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Demain des machines remplaceront les cadres comme elles ont remplacé les ouvriers au siècle dernier. Que ce soit dans le domaine juridique, technique, financier, elles disposeront de banques de données colossales, de jurisprudences, d’expériences réalisées pour prendre des décisions plus rapidement et plus précises que nos juristes ou nos ingénieurs. Nous y sommes déjà, cela s’appelle l’intelligence artificielle. Nous ne ferons pas le poids.

 
Il ne nous reste plus qu’à cultiver ce qui nous distingue des machines : nos émotions.
 
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Frédéric Blanpain


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